Vous avez cédé votre activité — ou vous vous apprêtez à le faire — et vous envisagez d'apporter vos titres à une holding familiale pour faire remonter le produit de la vente en franchise d'impôt, puis le transmettre à vos enfants. Le schéma est répandu.
Il est aussi, depuis 2026, sous surveillance étroite : dans une affaire récente, près de 1,67 million d'euros de dividendes remontés sous le régime mère-fille ont été réintégrés à l'impôt.
Le Conseil d'État, le 18 février 2026, a validé une remontée de dividendes exonérée : l'opération s'inscrivait dans une vraie réorganisation, autour d'une holding dotée de filiales opérationnelles spécialisées par branche, l'activité restant exercée.
Quelques semaines plus tard, la Cour administrative d'appel de Nancy a tranché en sens inverse : la holding avait reçu les titres d'une société dont l'activité était déjà cédée et éteinte, sans aucune reprise ni développement. Une coquille.
La clause anti-abus de l'article 205 A du CGI a suffi à écarter l'exonération — et elle se déclenche dès que le but fiscal est principal, et non plus seulement exclusif.
| | CE 18 février 2026 — VALIDÉ | CAA Nancy 2026 — ÉCARTÉ |
| Situation de la holding | Réorganisation réelle, filiales opérationnelles par branche | Titres d'une activité déjà cédée et éteinte |
| Activité économique | Maintenue et exercée | Aucune reprise ni développement |
| Résultat fiscal | Exonération mère-fille maintenue | Réintégration — 1,67 M€ taxés |
Détenir 5 % du capital, conserver les titres deux ans, opter pour la forme nominative : ces conditions sont nécessaires, jamais suffisantes.
Le régime mère-fille n'a pas pour seule fonction d'éviter une double imposition ; il vise à encourager l'implication des holdings dans le développement économique. Une structure qui se borne à encaisser la trésorerie d'une activité éteinte ne sert pas cette finalité.
La substance ne se reconstitue pas après coup : c'est le calendrier qui condamne le montage, pas l'outil lui-même. Une holding créée dans la précipitation, juste avant ou après la cession, porte en elle le risque de requalification.
Une holding de transmission se construit en amont — idéalement cinq à dix ans avant l'objectif — avec une substance réelle et documentée : animation effective du groupe, réinvestissement, projet économique.
Concrètement : des décisions d'investissement, une activité de gestion traçable et des flux qui irriguent un projet — et non une simple poche de liquidités en attente de partage. C'est un arbitrage à calibrer avant la cession, jamais après.
La même structure, vivante et anticipée, demeure parfaitement sécurisée.
Les marqueurs de substance que l'administration examine : réunions et décisions de direction documentées, réinvestissement du produit dans des actifs économiques, animation réelle de filiales, moyens humains et matériels propres, antériorité de la structure par rapport à la cession. Plus ces marqueurs sont anciens et nombreux, plus le montage est sécurisé.
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